Mon élève bilingue mélange ses langues, est-ce un signe de trouble?

Mon élève bilingue mélange ses langues, est-ce un signe de trouble?

Non. Un élève qui mélange deux langues dans une même phrase, une même conversation ou une même journée fait quelque chose de tout à fait attendu chez un enfant qui apprend plus d’une langue. Ce comportement s’appelle l’alternance de codes et il n’indique pas, à lui seul, un trouble du langage.

C’est probablement l’un des signaux les plus mal interprétés en classe. Un enseignant entend un élève dire « je veux mon toy » ou glisser un mot d’arabe au milieu d’une phrase en français, et le réflexe est parfois de s’inquiéter. Pourtant, ce mélange révèle souvent une compétence, pas une faiblesse.

Pourquoi un enfant bilingue mélange-t-il ses langues?

Un enfant plurilingue a un seul système cognitif pour gérer plusieurs langues, pas des compartiments étanches. Il pige dans le vocabulaire le plus accessible au moment où il en a besoin, exactement comme un adulte bilingue peut le faire sans même s’en rendre compte. Si le mot juste lui vient plus vite dans une langue que dans l’autre, il l’utilise. C’est efficace, pas déficient.

Ce mélange peut même devenir une stratégie de communication à part entière chez les enfants plus habiles dans leurs différentes langues : ils alternent pour préciser une idée, insister sur un mot ou combler un manque de vocabulaire ponctuel dans une langue donnée.

Quelle langue est dominante chez un enfant plurilingue?

Un même élève peut comprendre trois langues et n’en produire qu’une avec aisance. La langue qu’il entend le plus n’est pas nécessairement celle qu’il utilise le plus et sa langue dominante peut varier selon le contexte : à la maison, à l’école, avec les pairs ou dans les moments d’émotion.

La langue de l’école ou celle du milieu majoritaire n’est donc pas automatiquement la langue dominante de l’enfant. Pour comprendre son profil, il est généralement plus utile d’observer dans quelles langues et dans quelles conditions il communique le plus facilement que de chercher à identifier une seule langue « meilleure » que les autres.

Quand le mélange des langues doit-il attirer l’attention?

Le mélange des langues devient une information pertinente lorsqu’il est combiné à d’autres observations, jamais lorsqu’il est considéré seul.

Certains éléments méritent notamment un second regard :

  • des difficultés présentes aussi dans la langue maison, pas seulement dans la langue de l’école;
  • des inquiétudes rapportées par les parents, indépendamment du mélange des langues;
  • des antécédents de retard des premiers mots ou des premières phrases;
  • une difficulté à raconter un événement vécu, même dans la langue la mieux maîtrisée;
  • une intelligibilité très réduite dans plusieurs contextes, au-delà de l’alternance de codes elle-même.

Un enfant qui présente un trouble du langage aura généralement des difficultés dans toutes les langues auxquelles il est exposé, même si leur manifestation et leur intensité peuvent varier d’une langue à l’autre. À l’inverse, un profil très différent d’une langue à l’autre peut davantage orienter vers des différences liées à l’exposition et à l’expérience linguistique qu’à un trouble du langage (Bedore et Peña, 2008; Kohnert, 2010).

Que faire en classe quand un élève mélange ses langues?

Le mélange des langues n’a pas nécessairement besoin d’être corrigé. Il peut plutôt être accueilli comme une tentative de communication, puis servir de point de départ pour offrir un modèle dans la langue de l’école.

Quelques stratégies peuvent être utilisées :

  • accueillir la réponse dans la langue utilisée, sans la présenter comme une erreur;
  • fournir ensuite le mot ou la structure attendue dans la langue de l’école, à voix haute, sans exiger une répétition immédiate;
  • permettre à l’élève de réfléchir ou de discuter d’un concept dans sa langue la plus forte avant de le reformuler;
  • documenter le contexte dans lequel l’alternance se produit plutôt que de conserver une impression générale.

Cette dernière observation peut être particulièrement utile en réunion d’équipe.

  • « Il mélange ses langues » apporte peu d’information à lui seul.
  • « Il utilise un mot d’anglais lorsque le vocabulaire scolaire lui manque, puis se corrige seul après avoir entendu un modèle » fournit déjà un portrait beaucoup plus précis de ce qui se passe.

Le mélange des langues est-il un signe de trouble du langage?

À lui seul, non. L’alternance de codes fait partie du fonctionnement normal de nombreuses personnes bilingues et plurilingues.

Ce sont plutôt les difficultés qui accompagnent ce mélange qui doivent être observées : leur présence dans plusieurs langues, leur persistance dans différents contextes, les observations de la famille et la façon dont l’élève répond au soutien offert.

Questions fréquentes

Un enfant bilingue devrait-il toujours répondre uniquement en français à l’école?

Pas nécessairement. L’utilisation ponctuelle d’une autre langue peut permettre à l’élève de maintenir la communication, d’accéder à un concept ou de compenser temporairement un mot qui lui manque en français. Un modèle dans la langue de l’école peut ensuite être offert sans nécessairement présenter le recours à l’autre langue comme une erreur.

Mélanger deux langues signifie-t-il que l’enfant est confus?

Non. L’alternance entre les langues ne signifie pas que l’enfant les confond. Elle peut plutôt refléter la façon dont il mobilise l’ensemble de ses ressources linguistiques pour communiquer selon le contexte, son interlocuteur et le vocabulaire disponible à ce moment.

Pour aller plus loin.

Le guide Les élèves plurilingues en classe explique comment documenter le répertoire linguistique d’un élève et distinguer un profil d’exposition d’un signal préoccupant, avec des fiches prêtes à remplir pour l’équipe-école.

Références

Bedore, L. M., et Peña, E. D. (2008). Assessment of bilingual children for identification of language impairment: Current findings and implications for practice. International Journal of Bilingual Education and Bilingualism, 11(1), 1-29. https://doi.org/10.2167/beb392.0

Kohnert, K. (2010). Bilingual children with primary language impairment: Issues, evidence and implications for clinical actions. Journal of Communication Disorders, 43(6), 456-473. https://doi.org/10.1016/j.jcomdis.2010.02.002

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